Nathalie Thibur
Coloconte & Cie
Retour aux cercles conteurs

Les Cercles Conteurs en milieu scolaire

Pourquoi la pratique des cercles conteurs en milieu scolaire vous paraît-elle si importante ?

Revue La Grande Oreille n°80/81

En France, l’école est un passage obligé pour tous. Récemment, la loi du 28 juillet 2019 l’a rendue obligatoire dès trois ans. Elle est donc, pour la plupart des enfants, le premier lieu où ils devront vivre en groupe avec des adultes et des enfants qui n’appartiennent pas à leur famille. On imagine aisément combien cette étape est délicate, voire difficile pour beaucoup d’entre eux. Permettre à chacun de se socialiser de manière harmonieuse est présenté comme un objectif de notre école visant à construire une société tolérante, de liberté.

Or la socialisation est liée à la capacité de communication. C’est en parlant avec son corps et ses mots que l’enfant entre en contact avec les autres. C’est en apprenant à les écouter qu’il tisse un lien avec eux. Les enseignants ont à leur disposition des outils pédagogiques variés pour accompagner leurs élèves vers la maîtrise du langage. Mais la particularité du conte est qu’il permet de développer de concert langage oral et sociabilité. Car le conte de tradition orale appartient à tous et les messages qu’il véhicule nous parle de la relation à l’autre.

S’asseoir en cercle pour écouter des contes puis les raconter à son tour conduit au-delà de l’aisance orale à la maîtrise de la parole.

Parole partagée, nous dit Suzy Platiel, parole du cœur construisant un individu sachant vivre avec les siens et solidaire des autres êtres humains.

N’est-ce pas là un apprentissage essentiel dans une école préparant la société de demain ?

Extrait de l’article Les cercles conteurs par Nathalie Thibur paru en juillet 2020 dans la revue La Grande Oreille n°80/81.

Parler et apprendre, apprendre et réussir – Retz, 2024

Par sa dimension inclusive, le Cercle d’enfants Conteurs crée un espace d’expression où la diversité est acceptée et la solidarité encouragée. Cela favorise la confiance en soi, en particulier pour les élèves en difficulté et les plus timides. Les enseignant·e·s sont surpris·e·s de voir que ce sont souvent les « petits parleurs » qui se lancent les premiers pour raconter. L’appropriation d’un patrimoine commun constitué d’histoires du monde entier ouvre l’esprit à d’autres cultures et cultive la tolérance. Le plaisir de partager les émotions générées par les histoires renforce les liens au sein du groupe et influe sur les comportements individuels et l’ambiance de la classe en général.

Hérités d’une longue tradition orale puis écrite, les contes se transmettent de génération en génération depuis des millénaires. C’est sans doute pourquoi cette activité s’exporte, peut-être plus que d’autres activités scolaires, à la maison. Elle crée indéniablement des ponts entre l’école et la sphère familiale. Il n’est pas rare que de retour chez eux, les enfants racontent les contes partagés pendant le cercle à leurs parents, grands-parents, frères ou sœurs. Quant aux enseignant·e·s, ils/elles s’entraînent en les racontant à leurs propres enfants ou petits-enfants !

Les parents, eux aussi, peuvent se faire passeurs d’histoires ou de comptines pour peu que les professeur·e·s les invitent à participer aux Cercles Conteurs. On tient là un moyen de valoriser la culture d’origine de certaines familles et d’instaurer un dialogue entre elles et l’école dont les retombées positives pour les enfants ne sont plus à démontrer.

Extrait de l’article Les Cercles d’enfants Conteurs : une expérience où les élèves écoutent, content, s’entraident et transmettent par Nathalie Thibur, paru en 2024 dans Parler et apprendre, apprendre et réussir (Retz).